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Monday, December 17, 2012

Concert de Qawwalis: Qawwals Subhan Ahmed Nizami and party le 18/12/12 à Paris

 
extrait du concert du 12/12/12 à la Péniche Anako à Paris 

SUBHAN AHMED NIZAMI and party de Qawwal Bache Dehli gharana seront en concert au: 
CENTRE CULTUREL ALGERIEN  
171  Rue de la Croix Nivert 
Paris 75015 
Métro: Boucicaut , bus 80 et 62
Prix des places: 13 euros 

MARDI 18 DECEMBRE 2012  à  20h30 heures

Tuesday, December 11, 2012

Concert de Qawwalis: Mercredi 12 Décembre à 20h30 à Paris

Qawwals Bache  Dehli Gharana of Karachi Subhan Ahmed Nizami & Group
avec Subhan Ahmed Nizami (leader, premier harmonium), Bilal Ahmed Nizami (deuxième harmonium), Hilal Ahmed Nizami (tabla, percussions), Jawad Mohammad, choeur, Waqas Niazi (choeur, percussions), Abdul Samad (choeur, claps), Laeeq Ahmed (choeur, claps)

Tuesday, October 11, 2011

Tribute to Jagjit Singh (1941-2011)


Celebrities (Subhash Ghai, Javed Akhtar, Roop Kumar Rathod, Raza Murad, Shivkumar Sharma) bid farewell to Ghazal Maestro Jagjit Singh:


Tributes pour in for Jagjit Singh:
Lata Mangeshkar on Jagjit Singh's death:




Tv9 Gujarat - Gazal King Jagjit Singh passes away:


Geo News Latest -Jagjit Singh, the Ghazal Maestro passed away:

Jagjit Singh Interview with IRSPBB:
Jagjit Singh's Interview - Part 1:
Jagjit Singh's Interview - Part 2:
A tribute to late Jagjit Singh by Rahim Shah Orakzai:  


http://www.youtube.com/watch?v=KFIxVvwxCuU
 

Monday, October 15, 2007

Bukh Ka Rang

Ce texte est une traduction d'un poème en hindi envoyé à l'emission de la BBC Hindi (émission Aaj Kal) par un auditeur du Rajasthan du nom de M. Farooqi. Ce poème m'a profondément bouleversé et j'ai voulu le traduire pour qu'il puisse également toucher d'autres personnes. Comme pour beaucoup de traductions, cette traduction n'est qu'une pâle version de l'original qui a été lu en hindi le 05 octobre 2007 sur l'émission Aaj Kal de la BBC Hindi. Vous pouvez écouter ce poème en hindi à partir du lien ci-dessous :

http://www.neufgiga.com/index.php?m=c9ae77e8&a=7d397569&share=LNK268146f7d269f2b78

bhukh kā rang

bhukh kā rang kaisā hai, mein nahin jāntā
par iskē roop anēkh hain
kabhi yeh chotē chotē māsoom bacchon ko saṛkon par bhikh mangvāti hai
kabhi inhi bacchon sē mazdoori karvāti hai
kabhi yeh kouṛādān sē pāv yā bread kē tukṛē cunvāti hai
kabhi umr kē ākhiri paṛāv men bhi bus stand yā railway station par coolie kā kām karvāti hai
kabhi jism faroshi ban jāti hai
to kabhi ātmahathyā kā kāranṛ
kabhi vidroh aur kahin kē ātankvad kā roop dhār lēti

bhagvan nē insān ko ēk vardān dyā hai
jisē dimāgh kēhtē hain
aur ēk shrāp jisē bhukh kēhtē hain
dimāgh kā pryog kar insān is bhukh ko māt dētā hai
magar kabhi kabhi yeh bhukh insān ko māt dē dēti hai

De quelle couleur est la faim, cela je l'ignore
Mais ce que je sais, c'est qu'elle a plusieurs formes
Parfois, c'est elle qui conduit d'innocents petits enfants à mendier dans les rues
En d'autres occasions, c'est elle qui conduit ces mêmes enfants à travailler
Parfois, c'est elle qui nous fait chercher des morceaux de pain ou des galettes dans les poubelles
A la dernière étape de la vie, c'est elle aussi qui nous oblige à travailler comme coolie dans les arrêts de bus ou dans les gares ferroviaires
Parfois, elle nous conduit à la prostitution, parfois elle devient la cause d'un suicide
Parfois aussi, elle prend la forme d'un révolte ou d'une action violente sur une autre personne

Dieu a donné à l'être humain un bienfait précieux appelé "l'intelligence"
Mais, il lui a aussi donné une malédiction que l'on désigne par "la faim"
En faisant usage de son intelligence, l'être humain parvient à mettre en échec cette faim
Mais, parfois, c'est la faim qui réussi à mettre en échec cette intelligence humaine

M. Farooqi (Rajasthan)

(une traduction provisoire de Mounir Nassor)

Sunday, October 14, 2007

La prière de l'Inde / Le vagabond du paradis

Voici de très beaux poèmes d'Azad Monany, j'espère qu'ils vous plairont autant qu'à moi. (Mounir)


La prière de l'Inde


Le dieu que j'ai choisi s'appelle Vérité.

Il a mis dans mon cœur un espoir insensé :

Celui de parvenir à la sérénité

Par la non-violence que j'ai tant délaissée.


Le Dieu que j'ai choisi s'appelle Vérité.

Il nourrit mes folies en me faisant rêver

Que mes laideurs un jour deviendront mes beautés,

Quand je respirerai le calme retrouvé.


Le Dieu que j'ai choisi s'appelle Vérité.

Il me fait délirer pour me faire oublier

La haine que les hommes ont de tout temps fêtée,

Dont je voudrais pourtant un jour me délier.


Le Dieu que j'ai choisi s'appelle Vérité.

Il a semé en moi le désir de l'aimer,

De transformer mon rêve en sa réalité...

Ce grain, dans mes enfants va-t-il enfin germer ?

Le Dieu que j'ai choisi s'appelle Vérité.

Il a brûlé mon âme en me faisant chanter

Pour que la haine un jour soit à jamais matée

Et que mes fils me voient dans toute ma beauté.


Azad MONANY05 juillet 1994

azadmonany@hotmail.com

"Râm nâm satya hé" était le "mantra" (prière) choisi par le Mahâtmâ Gandhi.

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Le vagabond du paradis


Un vagabond et rien de plus, sur les chemins.

Je vais de ci, de là, au gré de mon destin

Et je n’ai peur de rien, même pas de demain…

Tant que tu seras là pour me tenir la main !


Un ignorant et rien de plus, dans l’illusion.

Je voudrais tout savoir sans avoir la vision

D’un monde de terreur englué de passions…

C’est toi qui me dessines en ouvrant ma raison !


La belle étoile et rien de plus, dessus ma tête.

L’Himalaya pour oreiller et c’est la fête.

Je n’ai plus peur de rien, ma destinée est faite…

Puisque tu es en moi, dans mon cœur, dans ma tête !


Un innocent et rien de plus, avec au cœur

La joie de vivre en respirant la vraie chaleur

Qui monte de la terre en effaçant les peurs…

Puisque tu es là pour me porter bonheur !


Un amoureux et rien de plus au gré des vents

Qui me portent partout au cœur des océans

Et qui ont fait de moi le plus fou des amants…

Le paradis sans toi ne serait que tourments !

Azad MONANY11 octobre 2007

azadmonany@hotmail.com

Thursday, September 20, 2007

Le voleur de mosquée

Voici un petit texte composé il y a quelques années à la suite d'une visite d'une très belle mosquée à Bandra à Mumbai. La mosquée était d'un blanc immaculé et toute de marbre blanc. J'avais été subjugué par sa beauté mais aussi très attristé de la voir là, située à quelques pas d'un bidonville où les gens dorment, travaillent et vivent dans des conditions très souvent sordides et atroces. Je me disais que cette mosquée, qui avait dû coûter une fortune colossale, n'avait pas sa place à cet endroit et n'aurait jamais dû être construite avec autant de luxe. Toutes ces dépenses auraient dû aller à l'amélioration de la condition de ces milliers de gens qui vivent dans des conditions inhumaines et à si peu de distance de là. On pourrait en dire autant de toutes ces autres constructions pharaoniques et luxueuses qui existent à travers le monde et notamment dans les pays comme l'Inde où la pauvreté et la détresse humaines restent particulièrement criantes.

Le voleur de mosquée


Je voudrais être le voleur de mosquée
De chaque pierre, je ferai un abri
Je ferai un mur, puis deux, puis quatre
De chaque marbre, je ferai une table
De chaque pas d'escalier, je ferai une salle de bain
De chaque tuile, je ferai un toit
Dans chaque aiguille des lustres, j'amènerai la lumière dans les cahutes
De chaque morceau de moquette épaisse, je ferai des couvertures

Je volerai toutes les mosquées du monde
Et pour voler la dernière
Je traverserai tous les océans et tous les déserts

Et quand j'aurai fini de voler toutes ces mosquées
Alors, je m'attaquerai aussi aux synagogues
Et si, sur le chemin, je croise des églises et des cathédrales
Je les pillerai aussi
Et s'il me reste un peu de vie encore
Alors, j'irai dépouiller tous les temples hindous

Aucun sur terre ne respirera, ni ne mangera
Ni ne dormira sur le trottoir
Personne n'aura plus faim, ni soif
Nul n'aura plus peur et n'aura plus froid
Et d'être obligé de vivre dehors

Et dans son abri de marbre, chacun la retrouvera
Et ce sera la plus belle des retrouvailles
Cette retrouvaille de sa dignité d'être de Dieu

Mounir

Saturday, September 15, 2007

Pankhira Ne Aa Pinjaru Junun Junun Laage / Pankhira ô Pankhira

Voici une très belle chanson en Gujarati intitulée Pankhira Ne Aa Pinjaru Junun Junun Laage que l'on peut traduire par "L'oiseau trouvait sa cage un peu trop vieille". S'agissant ici d'un poème ou d'un bhajan (chant dévotionnel), il faut comprendre la métaphore de l'oiseau par l'âme humaine qui désire "s'en aller", c'est à dire quitter le monde terrestre et rejoindre Dieu. Cette chanson ou bhajan a d'abord été chantée par Mukesh et les paroles et la musique sont d'Avynash Vyas, puis son succès a été tel qu'elle a été reprise par d'autres chanteurs.

Vous pouvez l'écouter au lien suivant :

http://www.neufgiga.com/index.php?m=c9ae77e8&a=7d397569&share=LNK924546ebf786cb2df


Sur le lien suivant, vous trouverez un très beau clip video de garbo et de dandia (danses et musiques traditionnelles gujarati) que j'ai récemment trouvé sur You Tube, il s'agit du très célèbre Pankhira ô Pankhira :

http://www.neufgiga.com/index.php?m=c9ae77e8&a=7d397569&share=LNK713746ebf7d02e153

Je vous proposerai un traduction prochainement mais vos suggestions sont les bienvenues !.

(Mounir)
mounirnassor@yahoo.co.in

Tuesday, June 26, 2007

Les nécrophages

Ma présence à une représentation exceptionnelle d'une pièce de théâtre en gujarati à Paris le 14 juin 2007 a inspiré ce texte. Non sans un cynisme révoltant, un grand nombre de responsables, d'élites et gens « bien éduqués et bien comme il faut » de nos communautés gujarati étaient présents à cette représentation en gujarati. Malheureusement, ce sont ces mêmes responsables et élites dirigeantes de nos communautés qui participent activement et/ou passivement (par leur indifférence, leur désinvolture, leur insouciance, etc.) à la mort lente de nos cultures indiennes et notamment de nos langues gujarati et kucchi.

En effet, dans nos centres et institutions communautaires, tout est fait directement et/ou indirectement pour que notre très riche héritage culturel ne soit pas promu et soit, au contraire, étouffé au profit d'un savoir et d'une culture uniquement religieuse et qui prend le plus souvent une forme très intolérante, très brutale et très manichéenne.

J'avais déjà exposé mon désarroi immense à ce sujet dans d'autres textes précédents, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir le coeur bien serré lors de cette représentation et ma rage n'en a été que plus immense vis-à-vis de tous ces gens bien comme il faut, bien éduqués et qui pourtant sont en train de démolir, non à coup de canons, mais plus insidieusement et plus sournoisement, par leur inaction, leur indifférence et surtout par leur complaisance et leur accommodement avec une religiosité souvent intolérante et aux formes très souvent nauséeuses et putrides.

Ce qui est plus triste encore, c'est que parmi ces élites dirigeantes de nos communautés, ce ne sont pas que quelques bigots bien hypocrites qui sont à l'origine de ce massacre en règle de nos traditions et de nos cultures indiennes, il y a aussi des gens qui ont vécu et qui ont été éduqués dans le monde « occidental », souvent il s'agit de jeunes gens, qu'ils aient étudié ou soient étudiants dans de grandes écoles ou qu'ils soient membres de professions (libérales souvent) ouvertes sur le monde et la modernité.

Ce qui est plus déroutant encore, c'est la complicité et la complaisance actives et/ou passives de ces derniers avec les bigots et autres Tartuffes les plus obscurs et les plus hypocrites de nos communautés.

Dans dix ans ou un peu plus, nous ne pourrons plus nous définir que comme des « ex- Indiens », des « ex-Gujarati » ou des « anciens Indiens » ou des « anciens Gujarati ». Bien tristement, pour une bonne partie d'entre nous, on appliquer cette définition dès à présent.

(Mounir)


Les nécrophages

Ils (et elles) étaient tous là, ces charognards et ces nécrophages
Ces mangeurs de viande morte ou agonisante
Ils étaient tous venus contempler
Ce cadavre jadis si savoureux et si joyeux
Fait de claquantes sonorités, de rimes savoureuses
Et de proverbes tout aussi délicieux

Ils étaient tous là ou presque
Qui tournoyaient autour de ma langue gujarati mourante
Ces élites, ces dirigeants et ces jeunes gens bien comme il faut
Et bien éduqués
De nos communautés indiennes gujarati et kucchi

Ils (et elles) ont aujourd'hui tous les pouvoirs pour
D'un claquement de doigt ou presque
Faire renaître nos langues et cultures ancestrales
Qui me sont si chères

C'est avec trois fois rien que l'on peut faire renaître
Toute une culture millénaire et qui se trouve aujourd'hui
Piétinée et dépecée par ces charognards maudits

C'est le coeur bien serré qu'il me faut me résigner
Qu'il n'en sera probablement rien
Et surtout qu'ils ne feront rien, ces fossoyeurs maudits

Ils riaient à gorge déployée, sautillaient sur leurs fauteuils
Et faisaient battre leurs ailes à de nombreuses reprises
Lorsqu'ils s'apercevaient combien cette langue qui leur est si familière
Elle qui les a accompagné depuis leur enfance
N'avait rien perdu de sa fraîcheur et de sa vivacité

Et pourtant, je sais très bien que ces hypocrites bien nés
Entourés des Tartuffes d'une bigoterie de si bas étage
Ne feront rien pour faire renaître de ses cendres
Cette langue qui s'en va à petit feu
Et qui est déjà comateuse

Déjà, ils sont si peu
Ceux d'entre nous qui parviennent à la parler correctement
Nos propres enfants n'en balbutient plus que quelque bribes et encore..!

Mais, eux, ces élites et ces dirigeants bien comme il faut
Et bien nés
Ils s'en moquent royalement de cette langue, de cette culture
Qui, comme leur mère, les a choyé et nourri de si tendres propos

Ces ingrats et ces fossoyeurs
Ils peuvent faire toutes les prières et les pèlerinages du monde
Mais, aucun dieu ne leur pardonnera d'avoir tué
Cette culture millénaire
Cette âme fragile qui s'en va sous leurs yeux
Et qu'ils dépècent jour après jour
Comme des charognards et des nécrophages

Comment ces gens-là
Peuvent-ils avoir autant d'audace et d'impudence
De venir ce soir-là
Contempler cette belle
Et si fragile mourante
Et ne rien faire après...

(Mounir)

Friday, November 17, 2006

Take me home

Artist : Attanur Dogan

Give me death ! I pray every day
Leave me not, to sigh, in every way
Seen I have, those beautiful days
Those little red flowers in an awesome place.

Why these windows, in front of me ?
And all the beauty outside, and free
Ran, I have upon the soft wet ground
I walk far no more, just safe and sound

My beloved ones, have all gone away
Laughter, I yearn to hear, to be merry and gay
Tears, I have in my heart and dreams too
Like my youth, won`t the pills vanish too ?

Years and years, have I spent in glee ?
To sit here and look at the old worn tree
Searched I have, for a leaf of hope,
A lover from the skies, with whom to elope

At every sunset, I cry and plead
Slow and just living, and yet I bleed
With angst, do I cry, take me home.
Please take me away from this old age home.

poem by Srijit Unni from Chennai (Madras) in India (http://srijithunni.blogspot.com/2006/10/take-me-home.html)

Wednesday, November 01, 2006

La force des études / le verger des urticaires

[Ce texte a été écrit à partir d' un poème attribué à Gandhi que vous retrouverez ci-dessous. - Mounir]

La force des études

Je suis peut-être un homme de lettres ou de sciences, mais je prétends humblement et en premier lieu être un étudiant, quelqu'un qui cherche, le plus souvent en vain et quelques rares fois avec succès....

Ce sont les études qui ont sauvé ma vie, sans les études, il y a longtemps que j'aurais perdu la raison...et la joie de vivre...

Il m'arrive souvent de perdre la paix de l'âme, mais, malgré toutes les épreuves, de temps à autre, je retrouve une certaine paix à travers les études...

Certains peuvent vivre sans manger pendant plusieurs jours, moi, je ne peux guère vivre ni même survivre sans avoir cherché et étudié...

Les études m'accompagnent dès le lever du soleil et c'est en leur sein que je retrouve le sommeil : s'agit-il de clés ou de verrous ?... je l'ignore...

Je ne sais pas si Dieu m'accompagne dans cette quête mais je sens régulièrement une présence étrange au milieu de ces longs moments passées à étudier....

Les études m'ont certainement permis de sortir des ténèbres les plus profonds. J'ignore si cela est bien, mais je sais qu'étudier, c'est ne faire aucun mal. Les études permettent très souvent de faire resurgir la vérité, Gandhi disait sans doute avec justesse que connaître la vérité, c'est connaître Dieu...

Voilà mon témoignage personnel : que chacun tente d'étudier, quel que soit son âge, sa condition physique et ses possibilités matérielles. Et il se rendra vite compte que les études apportent quelque chose de neuf à chacun de ses mornes jours et qu'une telle brise si pleine de fraîcheur n'a d'équivalent nulle part ailleurs.

Prier c'est étudier, aurait dit Gandhi, moi je le dit un peu autrement : pour moi, étudier, c'est prier.

Mounir Nassor
( mounirnassor@yahoo.co.in / www.myindias.blogspot.com )

Ce texte a été inspiré de "La force de la prière" (attribué à Gandhi)

La force de la prière

Je ne suis pas un homme de lettres ou de sciences, mais je prétends humblement être un homme de prière.

C'est la prière qui a sauvé ma vie ; sans la prière j'aurais depuis longtemps perdu la raison.

Si je n'ai pas perdu la paix de l'âme, malgré toutes les épreuves, c'est que cette paix vient de la prière.

On peut vivre quelques jours sans manger, mais non sans prier.

La prière est la clé du matin et le verrou du soir.

La prière, c'est cette alliance sacrée entre Dieu et l'homme pour obtenir d'être délivré des griffes du prince des ténèbres.

Nous devons choisir : nous allier aux forces du mal ou, au contraire, aux forces du bien.

Voilà mon témoignage personnel : que chacun tente l'expérience et il trouvera que la prière quotidienne ajoute quelque chose de neuf à sa vie, quelque chose qui n'a d'équivalent nulle part ailleurs.

Mahatma Gandhi
(transmis par Zoher Tahora - Madagascar)

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le verger des urticaires

je croyais qu'il me restait encore
quelques gens aimables autour de moi
et avais-je encore des parents...?
j'avais beau chercher, ils n'étaient plus là
ils s'étaient éloignés
...ou était-ce moi qui m'étais éloigné d'eux ?

faux-mensonge à demi vrai
telle une plante dispersée et égarée
je suis là
en train de creuser
je cherche mes racines
je lève les bras au ciel
je fustige son occupant
je crie à la folie
et cherche dans la démence
ce refuge si facile et confortable
je ne trouve pas mes mots
je ne me fais pas comprendre
car j'ai cru qu'un jour
...on me trouverait

je reste là un peu hébété et ahuri
et affolé par tant d'indifférence
de mépris et de haine aussi
sans trop comprendre au milieu
...de ce verger imaginaire
...si plein d'urticaires

et quand j'approche
je crois reculer en avançant
je crois avoir tout perdu
et maintenant je crois que j'ai tout gagné
car je crois qu'on ne perd rien
quand on a jamais rien possédé
et qu'on ne perd que ce qu'on avait
cru un jour avoir possédé en vain
car en vrai, rien n'est à rien
...pas même l'amour, pas même l'amitié

au loin les mots tendres, bienveillants
au loin les sourires et les clignements des yeux
fausses rumeurs et mauvaises plaisanteries
reculez vous autres
tout est fini
il n'y a plus que le ciel
...la terre et le temps maintenant

au ciel je regarde et espère
au lointain j'imagine et espère
mais je n'oublie pas qu'à la terre
...est mon destin austère

naïf pousse que je suis
de ce verger millénaire
soigneusement sanguinaire
rempli de tant d'urticaires
intemporels et impersonnels
assommants de silence et d'arrogance
affligeants de violence et d'impudence
j'ai tout perdu pour avoir cherché
un jour à posséder un peu
...le souffle du vrai

et de presque rien
je suis devenu encore moins
feuille volante, insignifiante, virevoltante
si fragile jouet du vent capricieux
que personne n'attend
que personne n'entend
que personne n'appelle
que personne ne cherche et
ne trouve encore moins
je m'éteindrai tellement heureux ce jour
quand j'aurai tout oublié
que tout ça
pour ça
c'était
...pour rien

(Mounir)
( mounirnassor@yahoo.co.in / www.myindias.blogspot.com )

Friday, October 27, 2006

"Bapuji" par Azad Monany et quelques conversations

[Voici quelques conversations à distance avec Azad Monany à propos de mon texte "A quoi ça sert...de célebrer Eid ?" que je voudrais partager avec mes lecteurs/lectrices. Je vous laisse découvrir également son texte intitulé "Bapuji" qui est tout simplement magnifique ! - Mounir]

Bonjour Azad,

Merci beaucoup pour vos compliments qui me sont allés droit au coeur !

Vous avez tout à fait raison de souligner que cela est valable dans toutes les communautés.

En, écrivant et en ré-écrivant ce texte, je n'ai pas voulu me lancer dans des considérations générales ou universelles. Je pense qu'il faut d'abord balayer devant sa porte avant d'aller critiquer ou faire des remarques sur ce qui se passe chez les autres même s'il se passe souvent ou presque la même chose ailleurs...

C'était aussi un des principaux messages de Gandhi, notamment lorsqu'il s'insurgeait contre l'intouchabilité en Inde. En effet, les Indiens "bien comme il faut" s'époumonaient à crier et à réclamer à hue et à dia la liberté et l'indépendance auprès des Anglais alors que près d'un cinquième des Indiens vivaient (et vivent toujours de nos jours) sous une forme ou une autre d'ostracisme économique, social, culturel, spirituel et sous des formes diverses d'esclavage ou de semi-esclavage et tout cela par le seul fait d'autres Indiens !

Etrange paradoxe, n'est-ce pas ? Gandhi avait fini par le remarquer et c'est pourquoi il a consacré une très grande partie de son temps partir des années 1930 à oeuvrer pour l'amélioration du sort des Intouchables. Il répétait souvent que l'on ne peut pas réclamer la liberté lorsque l'on maintient soi-même des dizaines de millions de gens en esclavage ou en semi-esclavage ! Malheureusement, sur ce point, l'Inde d'aujourd'hui n'a guère changé malgré quelques toutes petites avancées.

On pourrait dire et faire presque les mêmes remarques sur le statut des femmes indiennes aujourd'hui, que ce soit en Inde même ou dans la diaspora à l'étranger. Il n'y a qu'à regarder ce qui se passe chez nous en France, à Madagascar, à Londres, à Toronto, à New York etc., pour constater que le sort des filles et des femmes est très loin d'être flatteur ni réjouissant, et pourtant nous vivons très loin du monde indien et de certains ses archaïsmes les plus brutaux. C'est ce que j'ai voulu en partie évoquer dans mon texte "A quoi ça sert...de célebrer Eid ?"

Mille mercis encore et chapeau bas !

Bien à vous,

Mounir

(mounirnassor@yahoo.co.in /
www.myindias.blogspot.com)

Message d'Azad Monany (22 octobre 2006) :

Que répondre à tant de vérité? Rien... sinon un bravo qui vient du fond de mon coeur et une admiration pour l'esprit qui l'a conçu si clairement et qui l'exprime si nettemen!

Peut-être un jour pourras tu comprendre que c'est aussi valable pour Divali, Noël, Rosh Hassanna, Yom Kippour et autres toutes aussi diverses qu'il y a de religions dans ce monde?

En tous cas, ceci me fait penser à une image: 15 août 1947, l'Inde s'éveille, le Pakistan fait la fête, tout le monde danse dans les rues... tout le monde sauf un petit homme tous seul, dans son Ashram, qui pleure sur cet immense gâchis... La suite, la voici

BÂPUJI


Pour toi Tagore* a créé le nom le plus beau.

Par toi ton pays a retrouvé sa fierté.

Tu voulais qu’on ne vende plus la vérité.

Dans le cœur de l’Inde tu voulais ton flambeau...

Tu as donné ta vie et chacun de tes jours

À ton frère l’homme que tu as tant aimé.

Tu as rêvé un monde sans peur, sans armées,

Où la haine aurait pour seul remède l’amour.

Mais qu’ont-ils fait de ta sagesse, de ton nom ?

Sang, feu, fer et bombes sont leurs titres de gloire.

Ils ne veulent plus entendre, ni même voir

Que ton âme souffre de leur vil abandon.

« Pardonne-leur, ils ne savent pas ! », avait dit

Avant toi cet autre qui a donné sa vie...

Si au moins leur haine s’en était assouvie !

Mais, hélas ! notre monde est la proie des bandits.

Ils envoient des enfants au paradis d’Allah

Pour la soi-disant plus grande gloire de Dieu,

De Dieu le Tout-Puissant, le Miséricordieux !

Hitler se sentirait bien sous leur djellabah !

Toi, fou de Dieu aimant toute l’Humanité,

Tu rêvais qu’Ahimsâ* serait enfin la voie,

Mais ils t’ont éteint, ne supportant pas ta voix,

Et sur tes cendres ils ont souillé la vérité.

Tu disais qu’il n’y a pas de voie vers la paix,

Mais que la paix est la seule, l’unique voie...

Mais ils sont trop intelligents pour que ta loi

Effleure leur esprit et brise leur épée.

Et pourtant tu aimerais encor ta patrie,

Même si elle oublie cette Satyâgraha,

Qui est le droit chemin que suivirent tes pas,

Et ce que te doit l’Humanité, ta fratrie.

Le plus humble parmi les plus déshérités,

Tu avais cependant une telle lumière

Que de Bhârat* son Mahâtmâ* devint le père

Et que le ciel même t’envie ta pureté...

Azad Monany 30 mars 1983
azadmonany@hotmail.com

*Tagore : un des plus importants poètes indiens de langue bengali, il a reçu le Prix Nobel de Littérature en 1913.
*Ahimsâ : peut se définir comme étant la non-violence
*Bhârat : autre nom de l'Inde
*Mahâtmâ : surnom de Gandhi, veut dire "la grande âme"
[notes ajoutées par Mounir Nassor]

Friday, October 20, 2006

A quoi ça sert...de célébrer Eid ?

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand tout autour n’est que ruine
…désolation et tristesse

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand, dans mon pays
En Inde, au Pakistan, au Bangladesh
Des gens sans scrupules ni humanité
Font exploser des bombes
Sèment l’horreur et font pleuvoir des larmes
Et disent tout haut qu’ils le font
…au nom d’Allah

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand, dans mon pays
Au Pakistan, en Inde, au Bangladesh
Des hommes, des femmes, des enfants
Des personnes âgées
Des personnes handicapées
Continuent de chercher et de pleurer
Inlassablement
Ceux des leurs
Qui ont disparu
…dans les tremblements de terre
…dans les inondations
…ou sous les bombes

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand des gens de mon pays
Au Bangladesh, au Pakistan, en Inde
Continuent de vivre
Dans le plus grand dénuement
Dans la plus grande solitude
Dans la plus grande
Et la plus atroce
…des indifférences

A quoi ça sert de porter
De beaux habits pour Eid
De mettre de belles chaussures
Et d’exquis parfums
Si l’on ne peut même pas
Fredonner quelques chansons
Ni jouer un peu de musique
Et encore moins
Faire quelques pas
…de dandias et de rasras
Que cela soit
Pour se donner un peu de bon temps
Et de joie de vivre
Ou pour oublier
Pour un temps seulement
…ce monde si plein de tristesse
…de désolation et de ruine

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand certaines jeunes filles
De nos communautés gujarati et kucchi
Disent qu’elles ne veulent plus étudier
Ni apprendre aucun métier
Ni devenir plus libres et plus autonomes
Alors qu’elles ont tous les moyens de faire
De brillantes études
…et d’apprendre un métier bien utile
…pour elle, pour leur avenir
…et pour leur dignité surtout

Certaines d’entre elles,
Disent qu’elles veulent
Vite se trouver un mari
Qui s’occupera d’elles
Comme dans les contes de fées
Peu importe s’il subvient ou non
…à ses propres besoins aujourd’hui

Que deviendront-elles lorsque
Quelques mois, quelques années plus tard
La malchance viendra
S’arrêter sur leur chemin
E leur privera de leur mari
Et de leur gagne-pain avec ?
Elles, qui n’ont ni études
Ni métier véritable
Mais seulement des enfants en bas âge
Et plus personne
…pour être à leur côté

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand certaines femmes
Continuent de garder, d’entretenir
Et de rester auprès de maris
Particulièrement odieux
Des alcooliques
Des joueurs d’argent invétérés
Des hommes volages
Des êtres sans morale aucune
Et des crapules notoires
Alors que certaines d’entre ces femmes
Ont la possibilité de les flanquer dehors
Avec un bon coup de pied dans le derrière
Et leur donner
…une leçon mémorable

Mais, aussi étrange que cela paraisse
Aussi incompréhensible que cela paraisse
Elles ne font rien
Et même s’acharnent à garder auprès d’elles
Ces êtres qui ont causé leur propre ruine
…ces êtres immondes, innommables

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand dans nos maisons
Il y a des filles bien éduquées
Qui ne trouvent pas de maris
Alors qu’elles sont pleines de talent
Et toutes très belles
Alors que les garçons de la même maison
De la même famille
On les emmène se marier
…en Inde ou au Pakistan

A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand dans nos communautés gujarati et kucchi
Des femmes sont régulièrement humiliées,
Insultées, battues, maltraitées
Le plus souvent cloîtrées chez elles
Condamnées à ne faire que des enfants
Et être aux bons services d’un mari odieux
Quand ce n’est pas aux bons services
De toute la belle-famille
…tout aussi odieuse

Beaucoup sont privées de toute initiative
De toute autonomie
De toute liberté
Par des maris, des frères
Et des pères jaloux
De leur pouvoir hégémonique
Et de leur emprise sur ces êtres
Qu’ils savent fragiles et vulnérables
Ces femmes ainsi opprimées
Sont aussi et surtout
Nos mères, nos sœurs, nos tantes
Nos grands-mères aussi
…et, nous, lâches parmi les lâches
…nous ne faisons rien pour elles

Régulièrement, aujourd’hui encore
Dans nos communautés gujarati et kucchi
On marie sans aucuns scrupules
A des garçons totalement immatures
Ou à de vieux croûtons bien pervers
(Mais aux poches bien pleines)
Des jeunes filles
…de 16, 15 et 14 ans

Qu’adviendra-t-il d’elle
Lorsque son mari la délaissera
Après qu’elle a eu deux ou quatre enfants
Et n’aura pas même pas atteint 20 ans ?
…où ira-t-elle ?
…qui les regardera, elle et ses enfants ?

Petite déjà, on l’avait empêchée
De poursuivre ses études
Malgré les bonnes notes qu’elle ramenait
Mais, ses frères, ses cousins
Eux, ils sont allés
Jusqu’au Japon ou aux Etats-Unis
…pour finir les leurs

Elle, on l’a gardé à la maison
On lui a bien appris les tâches domestiques
Et surtout, à faire de magnifiques jalebis et samosas
Maintenant
Elle sait les faire les yeux fermés
…mais à quoi bon tout cela ?
…pour qui sont ces mets au goût si amers ?

En lui trouvant un mari qui grandisse
Le prestige et le pouvoir de son père
Et peut-être aussi de son grand-père
On l’a gardé à la maison
On l’a bichonnée comme
Un meuble bien précieux
Une plante rare
…si pleine de promesses
…pour ces patriarches bien intéressés

On a fait en sorte
Qu’elle soit
Ni trop cultivée
Ni trop analphabète
Le juste milieu, comme ils disent
Pour l’exploiter à volonté
Et faire en sorte
…qu’elle ne se révolte jamais

En somme
C’est juste pour servir d’appât
A ces desseins peu flatteurs
Si vils et si mesquins
De ces odieux et criminels parents
Qu’elle a été élevée
Et nourrie à la maison
Jusqu’au jour où
On s’est débarrassé d’elle
Comme d’un objet
Devenu encombrant
Et embarrassant
Avec quelques vêtements
Un peu scintillants
Et quelques colliers de pacotille
Alors que les garçons, eux
Ont hérité
De la plus grosse
Ou de la totalité
…de l’héritage familial

Tout cela, pour préserver l’honneur
Le prestige et la gloire
De ces mâles cupides de la maison
Sous le couvert de faux principes religieux
Et la complicité odieuse
…de quelques moullahs et de quelques moullianis
…et de quelques dirigeant(e)s de nos communautés

Dès le plus jeune âge
On lui a appris à s’effacer
Dès qu’elle a su marcher
On lui a apprit à porter le voile
On lui a apprit tout le reste aussi
Dès sa tendre enfance
Elle sait
Nettoyer la maison
Eplucher les légumes
Mettre le couvert
Débarrasser la table
Et manger en dernier
Lorsque les hommes, eux
…ont fini leur assiette
…et lâché un bruyant rot barbare

Sa vie
Elle l’a passée
A servir, servir, servir
Encore, encore et encore
…éternellement, inlassablement
…docilement, silencieusement
... ….

A quoi ça sert, dans ces conditions
De célébrer Eid ?
Quand tout autour n’est que ruine
…désolation et tristesse

Car Eid ne dure qu’un jour
C’est aussi le jour de grand pardon
Des bonnes résolutions
…des prières à Dieu
…mais quelles prières peut-on faire ce jour-là ?

Car, le lendemain
Tout devient pareil
Et ressemble plus que jamais
…à la veille

Aussi
A quoi ça sert…de célébrer Eid ?
Quand tout n’est qu’hypocrisies
Mensonges et oppressions
Avant comme après
…Eid

Mounir Nassor
(mounirnassor@yahoo.co.in / www.myindias.blogspot.com)

Friday, September 22, 2006

Opka (La Nausée)

[Ce texte ("Opka") a été écrit l'année dernière, en août 2005, à la suite des attentats de Londres (07/07/2005) et après avoir vu le film admirable d'Ashutosh Gowariker Swades qui est très gandhien dans sa tonalité et très critique vis-à-vis de l'Inde contemporaine et des Indiens d'aujourd'hui, qu'ils vivent en Inde ou à l'étranger.

Il faut aussi lire ce texte en ayant à l'esprit ce qui ce passe dans "ma" communauté de musulmans chiites duodécimains (Khoja Shia Ithna Ashery) de Paris, Madagascar, Londres, Toronto, New York, etc., où petit à petit tout ce qui, de près ou de loin, rappelle l'Inde (ou les Indes) continue d'être éliminé et rejeté parce que cela serait "païen" ou "non-islamique" voire "anti-islamique", ce qui est, bien sûr, d'une stupidité immense !

Cela est non seulement absolument affligeant et attristant, mais encore ce genre de destructuration, de destruction et de fanatisme peut expliquer le fait que des jeunes gens totalement aliénés et manipulés décident un jour
(comme à Londres en juillet 2005) de poser des bombes et tuer abominablement et aveuglément d'innombrables innocents dont certains sont aussi musulmans...!

Voilà quelques précisions qui peuvent, peut-être, éclairer ce texte...

Mounir Nassor ]



Nous laissons mourir à petit feu
Parfois même à gros bouillons
Nos héritages, nos cultures
Nos littératures
De ce pays que nos ancêtres
Ont quitté plusieurs décennies auparavant
Et avant tout
Nous laissons mourir
Nos langues maternelles
Que ce soit le Kucchi ou le Gujrati
Ou les deux en même temps

Avec ces langues, c’est toute notre histoire
Notre mémoire et nos émotions
Nos rires et nos pleurs
Que nous laissons partir en fumée

Beaucoup de nos enfants
Ne comprennent plus que quelques bribes
Encore moins peuvent balbutier quelques mots
De nos langues si savoureuses

C’est tellement commode
Et facile d’accuser les autres
D’inventer de fausses raisons
L’occident, le monde moderne
Et je ne sais quoi d’autre
Alors que les coupables
Les vrais responsables
Ils ne sont pas ailleurs
Ils sont en nous

La Nausée de voir, de ressentir
Notre culture qui part en lambeaux
…ce n’est personne d’autre, c’est nous-même…

Cette Nausée
Ces sentiments de frustrations
De malaise immenses
De l’égarement
Du déracinement
De l’aliénation
…c’est nous-même qui en sommes responsables…

Pourquoi aussi laissons-nous faire
Ces moullahs et ces moulianis
Et autres barbus d’un autre monde
Pourquoi les écoutons-nous
Eux qui viennent d’on ne sait où

Nous ne disons rien
Quand ils nous enlèvent petit à petit
Jour après jour
Semaines après semaines
Mois après mois
Un peu de nous-mêmes
Un peu de notre âme
Un peu de notre vie
Ces petites choses
Parfois toutes petites choses
Qui font
…notre joie de vivre

Jadis, nous célébrions nos fêtes et nos mariages
Avec mille et une couleurs
Et même davantage
C’était joyeux
Féerique et magnifique
Nous écoutions et jouions aussi un peu de musique
Nous faisions des petites scénettes de théâtre aussi
Et parés de nos plus beaux habits
Armés de baguettes multicolores
Nous faisions de petites danses
Ces dandias et ces ratsras
Si magiques et si fabuleux
Tout droit venus du fin fond de notre culture gujrati

Il n’y avait aucune vulgarité, aucune indécence
Aucune obscénité ni malveillance
Contrairement à ce que nous ont fait croire
Ces moullahs et ces moulianis
Venus d’un autre siècle
Et d’une bien lointaine contrée

Et pourtant, ils sont venus ces barbus
Intolérants et arrogants
C’est nous qui les avons fait venir
Et plus encore
On a fait venir les plus fanatiques d’entre eux
Les plus intransigeants
Ceux qui vitupéraient le plus
Et transformaient nos rêves en cauchemars
En altérant les vérités en mensonges odieux

Tous ne sont pas pareils pourtant
Ceux qui étaient ouverts d’esprits
Tolérants et cultivés
Sages et bienveillants
On les a écartés
On leur a fermé la porte de nos mosquées
Et de nos madrassas

On a préféré faire venir des imprécateurs
Des lanceurs de malédictions et des culpabilisateurs
Des menteurs de première, des escrocs même !
Il y en avait qui avaient
L’esprit louches et tordu
…quand ils n’étaient pas simplement véreux…

Nous les avons laissés
Nous dépouiller
De nos rites,
De nos couleurs
De nos sons
De nos langues
…et finalement, quel résultat ?!
…nous avons presque tout perdu
…et en tout premier…
…la plus belle chose qui soit
…notre joie de vivre…

Aujourd’hui nos fêtes, nos mariages
Sont si tristes et si affligeants
Qu’ils ressemblent à de funèbres enterrements
A chacune de ces cérémonies
On a envie que d’une chose
…pleurer…
Est-ce ainsi que l’on doit célébrer des festivités ?

Dans la crainte de l’enfer et de supplices atroces
Tous plus faux les uns que les autres
Nous avons laissé faire nos barbus malveillants
Nous les avons laissé fulminé contre nous-même
Et nous lancer d’abominables malédictions
Que la musique
Que danser les dandias et les ratsras
Que regarder des films
C’est interdit, défendu, proscrit, haram !!
Alors que quand on y regarde de plus près
Tout cela ne contient aucune offense
Ni à Dieu ni à quiconque
…sauf à la bêtise malsaine et aux esprits obtus
…de ces barbus qui n’y comprennent manifestement rien

Tout le temps, ils nous terrorisent avec l’enfer
Mais, moi, l’enfer, je le vis tous les jours
Je le vis à cet instant même !
Quand pour exprimer ma colère
Ma tristesse, ma détresse
… ma honte, ma nausée
Il me faut …
…le faire dans une langue « étrangère »
Car dans ma langue maternelle
- j’ai tellement honte de le révéler-
…je ne peux plus le faire…
…je ne connais plus les mots pour le dire...

Dans nos madrassas à Bagneux et à La Courneuve
Il y a des classes et des cours pour les enfants
Mais, dans ces classes, tout est consacré
A la religion, à la religion, à la religion…

Aussi triste que cela puisse paraître
C’est à peu près la même chose
A Toronto, à Londres
A New York ou à Tananarive
Et en bien d’autres endroits

Dans aucune, on n’y apprend le Gujrati
Et encore moins le Kucchi
Dans aucune, on n’enseigne d’où nous venons
Il faut bien que l’on sache d’où nous venons
Autrement, comment savoir où nous allons ?

Personne ne connaît notre très riche passé
Notre littérature fameuse
Nos proverbes si amusants
Nos blagues si savoureuses
Et quelques unes mêmes un peu malicieuses
Et sans nos comptines et nos berceuses
Quels rêves nos enfants peuvent-ils bien faire sans elles ?
Qui viendra les leur dire et les leur raconter
Et les transmettre à nos petits-enfants ?
Si nous-mêmes nous nous en fichons
Et dilapidons à grand seau
Nos rites, nos langues millénaires

Si peu aujourd’hui savent que Gandhi
Cet homme que le monde tout entier nous envie
Qu’il était de chez nous, qu’il était né Gujrati
Qu’il parlait et écrivait aussi en Gujrati aussi
Alors que beaucoup de nos enfants
Et certains de nos adultes ne savent même plus
…qui était Gandhi…

Mon pays, l’Inde, me manque terriblement
Les couleurs de nos fêtes et de nos mariages d’antan
Me manquent terriblement
Les musiques, les danses de mon enfance
Me manquent énormément
Les sons, les mots, les blagues, les proverbes
Dans ma langue maternelle
Continuent de résonner fébrilement dans mon cœur
Et telle une flamme vacillante
…mon âme craint la bourrasque

Mais je sais qu’avec le temps
Ces sons frais et mélodieux
Ces images joyeuses et heureuses
D’un passé qui s’éloigne à grand pas
Se font chaque jour plus lointains et plus effacés

Bientôt, j’aurai tout oublié
Il ne me restera plus rien
Alors, ce jour-là
Accablé de chagrin et de honte
Et plein d’une nausée insupportable

…je me pendrai…

Mounir Nassor
(mounirnassor@yahoo.co.in / www.myindias.blogspot.com)